Aujourd’hui une opération de fouille se conçoit comme intervention de terrain d’envergure, faisant appel à des engins mécaniques et geotechniques, à différents spécialistes tels que géomètres, sédimentologues, spécialistes des matériaux, dessinateurs… en aval, au laboratoire ou dans les cellules d’édition, d’autres compétences sont mis en œuvre : céramologie, traitement des images, infographie... La rédaction d’un rapport décrivant les structures rencontrées, les analysant et synthétisant les résultats scientifique n’est pas la seule finalité : il faut encore faire connaître ces découvertes auprès des responsables de l’aménagement du territoire en alimentant cartes et base de données ; et surtout porter à la connaissance du milieu scientifique les nouvelles données acquises en publiant monographies ou articles au sein de revues spécialisées diffusées dans les laboratoires de recherches ou dans les bibliothèques universitaires. S’ensuit alors tout un travail d’archivage et de conservation de collections de référence dont l’analyse à froid quelques années plus tard, couplée aux progrès de la technique, permettra de faire apparaître sous un jour nouveau certains phénomènes ou certaines questions.
De la multiplication de ces opérations dépend l’envergure du gigantesque puzzle de connaissance et de restitution du passé.
La stratigraphie.
Le concept de stratigraphie est fondamental en archéologie et constitue l’un des fondements de son analyse conceptuelle et technique. Ses balbutiements sont apparus dès la fin du XIXe siècle sous l’impulsion de Schliemann et de Flinders Petrie. L’allemand Bersu et l’anglais Wheeler, auteur du premier traité technique la concernant, en ont affiné la perception et assuré dès l’entre-deux-guerres et surtout après-guerre la diffusion. A Fréjus cette technique est apparu dès 1955 grâce à l’action du jeune Paul-Albert Février (19...-19..), futur professeur à l’Université de Provence. Depuis, ce mode d’analyse n’a cessé de s’affiner, s’appuyant occasionnellement sur des disciplines annexes comme la sédimentologie.
Concrètement, cette technique consiste à identifier et à analyser dans les entrailles de la terre les différentes couches ou dépôt successifs et à en retrouver la séquence chronologique. Les différents éléments d’un stratigraphie sont qualifiés par les archéologues d’unité stratigraphique (US), lesquels peuvent donc être à la fois des éléments bâtis (murs, sols construits, etc.), des couches de sédiments ou de remblais, ou au contraire des structures en négatifs (fosses, fossés, etc.). De la décomposition de cette combinaison et de son analyse naît le phasage, c’est-à-dire la « mise en histoire » des différentes structures archéologiques. Celle-ci s’appuie sur la lecture des phénomènes de superposition, de correspondances ou de ruptures. Un vaste champ d’exploration permet alors une compréhension large des différents phénomènes observés, associant par exemple l’existence de tel remblai d’importance dans une partie du site à l’édification d’un grand bâtiment dans une autre.
La céramologie
L’étude et l’analyse des céramiques archéologiques constituent un autre outil fondamental pour les archéologues. Entre 6000 av. J-C., date de son invention au Proche-Orient, et la deuxième moitié du XXe siècle, la céramique a accompagné la quasi-totalité des sociétés humaines. Rares en effet sont les civilisations qui l’ont ignorée, malgré des décalages chronologiques dans sa diffusion. Les archéologues en ont fait leur matériau de prédilection : la malléabilité de l’argile permet une variété quasi-infinie de formes que les artisans ont mis à profit ; la cuisson en lui donnant des qualités proche de la pierre en fait un matériau très stable, se conservant dans la plupart des conditions ; Enfin sa fragilité en cas de choc a favorisé son renouvellement constant.
Les exemples éthnologiques montre que dans les sociétés « primitives » la forme et le décor des céramiques est un bon marqueur de l’identité culturelle des groupes. Au cours de l’histoire, la stratification des sociétés, en suscitant la création de véritables classes d’artisans, et l’apparition d’échanges économiques complexes ont favorisé l’émulation entre groupes techniques. Ainsi sont entrés en concurrence des techniques, des formes, des décors et des goûts entraînant en retour un dynamisme des productions qui nous permettent aujourd’hui de restituer des circuits d’échanges économiques. En outre le constant renouvellement des corpus céramiques fait de ce type de mobilier un excellent marqueur chronologique. A ces éléments il faudrait ajouter la dimension ethnologique de la nourriture et de la cuisine dont les modalités et les apprêts nous sont révélés par la forme des céramiques.
Les sciences de l’environnement
Apparues récemment les sciences de l’environnement constitue aujourd’hui un auxiliaire de premier plan aux archéologues. Les sédiments piégés dans les entrailles de la terre et isolés dans une séquence stratigraphique et chronologique fournissent souvent, grâce aux ecofacts qu’ils conservent, des indications précieuses sur un état de l’environnement. Les paysages peuvent ainsi être restitués, des dynamiques érosives ou alluvionnaires perçues. Ainsi naissent des hypothèses qui, confrontées aux résultats des opérations ultérieures, trouveront confirmation ou non. Les résultats de ces méthodes sont parfois surprenantes : elles ont permis par exemple à Fréjus de situer le littoral antique à près de 800 mètres vers l’intérieur des terres du rivage actuel.