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43, avenue du XVe corps, du 03/09/2007 au 28/09/2007

Epoque Romaine

Diagnostic archéologique

K.Y. Cotto (Conservateur, Service du patrimoine Ville de Fréjus)

La construction par un particulier d’une maison au 43, avenue du XVe corps à Fréjus ayant entraînée la prescription d’un diagnostic, le service du patrimoine est intervenu sur le terrain en question en septembre 2007.

La tranchée, réduite en raison de la présence d’espaces verts classés et de l’exiguïté de la parcelle, a mis au jour d’importants vestiges antiques, conservés par endroit sur 50 cm d’élévation. Deux fenêtres perpendiculaires à la tranchée initiale ont par la suite été ouvertes. La profondeur des vestiges ne pouvant motiver une fouille au vu du projet déposé, une exploration plus approfondie a été entreprise. Le terrain d’investigation a été divisé en cinq espaces et deux phases ont été déterminées. L’étude céramologique est en cours.

Phase 1

La première phase correspond au Haut-Empire. L’espace 1 qui correspond à la partie la plus méridionale de la tranchée est marqué par la présence d’un bassin en béton de tuileau recouvert d’un placage de marbre et d’ardoise bien conservé en son fond. Deux orifices ont été retrouvés. L’un, au sud, conserve encore la charnière en bronze d’un clapet. Ce dispositif ainsi que sa situation au point le plus bas du bassin le désigne comme un trou d’évacuation. L’autre, au centre, est situé à contre-pente : il s’agit sans doute au contraire d’une alimentation, peut-être d’un jet. Ce bassin dont trois bords ont pu être observés a été fouillé sur 3 m². Il est précédé au sud d’une sorte d’avant-bassin, lui aussi plaqué de marbre, large d’une soixantaine de centimètres mais peu profond. Un sol en tuileau lui fait suite dont un bouleversement en partie nord laisse apparaître la structure composée de couches de tegulae noyée dans le béton. La surface de ce sol est piquetée par les empreintes en négatif des tesselles dont la présence originelle est attestée par quelques centimètres carrés de mosaïque encore en place. De larges blocs de grès creusés d’une cavité centrale sont intégrés à ce sol, lesquels ménagent une large rigole conduisant à un trou d’évacuation. On y reconnaît un dispositif de recueillement et d’acheminement des eaux ruisselantes à l’aplomb d’une toiture vers une citerne ou une évacuation. La première hypothèse est la plus vraisemblable en raison du mode de construction du sol en tuileau, la présence de plusieurs épaisseurs de tegulae rappelant furieusement un sol en suspension.

Le mur qui longe à l’Ouest cette rigole a été interprété comme la fondation d’un stylobate: un regard a en effet été aménagé dans ce mur pour observer et/ou faire passer un système d’adduction en plomb dont la mise en place correspond à une étape ultérieure. Le sol, perturbé par une fosse, retrouvé à l’Ouest de ce mur serait donc celui d’un portique, lui aussi recouvert d’une mosaïque dont une trace a été retrouvée sous la forme de quatre petites tesselles encore en place (espace 2). Un fut d’une colonne en granit de 36 cm de diamètre a été retrouvé dans la berme. Il est possible qu’elle ait appartenu au portique en question. Dans cet espace le tuyau de plomb prend une courbe très prononcée avant qu’un arrachage le fasse disparaître. Se dirigeant vers le nord il semble avoir été plaqué tout contre le mur et désigne par cet axe le vide ménagé dans l’espace 5 entre le sol et le mur comme une sorte de coffrage. Une inscription a été observé de chaque côté du tuyau : »L.O.L.F. »

L’espace 3 fait suite au nord à l’espace 1. Il en est séparé par un mur large (90 cm) en grande partie récupéré. Les traces d’un sol de béton ont également été retrouvés. Très bouleversé, ce dernier n’était conservé que sur une dizaine de centimètres de large. Cette conservation était suffisante cependant pour constater qu’à l’instar de l’espace 5 un vide a été intentionnellement ménagé entre le mur et le sol ; l’exploration de cet espace n’a cependant pas été conduite plus en avant.

Dans l’espace 4 un sol en tuileau conserve en négatif l’empreinte de carreaux disposés pointes-à-pointes sur le modèle du pavement retrouvé au fond du bassin. Ce rapprochement ne s’arrête pas là : les dimensions des carreaux sont semblables, de même que l’alternance du marbre et de l’ardoise comme en témoigne un fragment d’ardoise encore en place et les fragments de carreaux de marbre recueillis. L’élévation est ici conservée sur plus de 50 cm mais l’absence d’enduit hydraulique empêche d’y voir une structure analogue au bassin de l’espace 1.

L’espace 5 enfin correspond à une pièce dont la particularité réside dans l’aménagement d’un espace creux au droit de la fondation que ne vient pas recouvrir le sol en béton. L’intention de cet aménagement est soulignée par un muret soutenant le sol à son aplomb qu’un mortier de chaux  vient réunir à sa base à la fondation du mur. La direction prise par le tuyau de plomb dans l’espace 2 suggère qu’il s’agit là d’un aménagement qui lui était destiné avant que ce dernier soit récupéré par une spoliation dont la stratigraphie a gardé trace.

Phase 2

Les traces d’une réoccupation du site à l’antiquité tardive ont été repérées à la fois dans les espaces 1, 2 et 5. Il s’agit en premier lieu d’un four à sole suspendue très mal conservé ayant pris en place dans le bassin de l’espace 1. Son bouleversement est accompagné d’un comblement de la structure avec des niveaux très riches en faune et en matériel qui en l’état actuel de l’étude indique la fin du IVe siècle ap. J.-C. Des sols en terre battue ainsi qu’un mur de l’espace 2 semblent être rattachables à cette phase.

L’étroitesse de la tranchée n’a pas permis de caractériser suffisamment le site. L’alternative oscille entre un habitat privé de grande qualité et un possible monument public. Les arguments en faveur de cette dernière hypothèse sont l’épaisseur des murs, l’homogénéité des pavements, l’importance des éléments sculptés en marbre retrouvés et surtout la collecte de trois fragments d’inscription monumentale en marbre (lettres de 18 cm. de haut). A contrario la logique urbaine induite par la taille des îlots interdit de voir en l’espace 1 une cour de grande dimension ou un vaste péristyle. Seules les investigations futures à proximité de cette fenêtre permettront de préciser l’une ou l’autre de ces hypothèses

Légende :

Fig. 1 : Plan général des vestiges mis au jour sur le site (J.Pâques).

Fig. 2 : Bassin de l'espace 1 (J.Pâques).



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