Moto EWC - Sébastien Gimbert parle avant le Bol d’Or samedi et dimanche

18 septembre 2019

Si la frustration demeure sans nul doute au plus profond de lui-même, l’heure n’est plus à l’abattement et au choc comme aux premiers jours après l’annonce. Après la grande et funeste annonce même, pourrait-on écrire, pour le pilote fréjusien d’endurance motos, Sébastien Gimbert.

Pour ceux qui connaissent le sport motocyliste en général, celui de l’endurance en particulier, nul n’ignore plus le retrait, un mois avant le début du championnat du monde d’endurance FIM EWC, ce prochain week-end au Castellet avec la 83e édition du Bol d’Or, du team Honda Endurance Racing #111, représentant officiel de la marque nippone en Europe.

Le dernier podium officiel de Sébastien Gimbert, c'était en avril 2019, avec une 2e place finale pour ses 20es 24 H du Mans

Aujourd’hui, le Fréjusien apparaît en effet plus fataliste qu’en colère, résigné au fait qu’il ne pourrait fêter son retrait de la compétition officielle, ici, dans le Var, “chez lui“, après son ultime double tour d’horloge au guidon d’une moto d’usine. « Ce n’est pas une catastrophe au final, mais je n’ai pas pu m’y préparer, s’épanche Sébastien Gimbert. Ç’a été tellement soudain, un coup de fil de l’usine en Angleterre. Je pensais que c’était pour parler réglages, notamment pour des problèmes de boîte de vitesses, et pour préparer le départ de la machine. Et puis, vlan ! J’apprends que le team se retire de toute campagne officielle ! »

LE “BREXIT“ DES JAPONAIS : QUAND POLITIQUE
ET SPORT NE FONT PAS BON MÉNAGE

La véritable raison de ce retrait, aujourd’hui, on la connaît. Elle est d’ordre politique. « Personne n’ignore le souhait des Britanniques de se retirer de l’Europe. Mais ce Brexit fait peur au Pays du Soleil levant aujourd’hui. À tel point qu’Honda a décidé d’enlever le siège officiel européen de sa marque d’Angleterre. Et cela ne concerne pas uniquement la moto, mais également les voitures, engagées en sport tourisme par exemple. »

Si Sébastien Gimbert se dit « touché », ce n’est pas tant pour lui, mais surtout « pour la vingtaine de personnes que cela laisse sur le carreau en Angleterre, plus toute l’équipe qui est présente sur les courses, qui s’apprêtait à rejoindre le Castellet et le circuit Paul-Ricard pour les journées tests (prévues les 3 et septembre derniers, Ndlr) ».

« JE ME PRÉPARAIS À LA FIN
À CHAQUE DERNIER RELAIS »

« Moi, certes, je n’ai pas choisir ni vivre ma sortie comme je l’imaginais – j’avais même fait préparer un casque dédié chez mon équipementier – mais, toute cette saison, une fois ma décision d’arrêter prise, je me suis évertué à vivre à fond les derniers relais que j’effectuais sur chaque épreuve, en me disant bien que c’étaient les ultimes boucles sur le Bugatti (au Mans, pour les 24 Heures), en République tchèque, en Allemagne ou encore au Japon pour les 8 Heures de Suzuka. »

L’histoire du sport motocycliste d’endurance retiendra que l’un de ses plus grands champions – trois succès sur les deux courses de 24 heures, Le Mans (2e en avril 2019 pour ses 20es 24 Heures) et le Bol d’Or, une victoire supplémentaire à Spa, un titre mondial d’endurance avec la Yamaha de Christophe Guillot – aura officiellement stoppé sa carrière dans le fief des plus grands constructeurs motos du monde, sur le seul circuit du championnat proposant un tracé en “8“.
La Honda Fireblade n°111 y terminera ces 8 Heures de Suzuka à une anonyme 8e place, « mais nous n’espérions pas véritablement mieux, racontait après coup Sébastien Gimbert, nous nous consacrions surtout à préparer le Bol » (lire notre article).

Le casque spécial pour l'épreuve mancelle en avril. Celui prévu pour le Bol n'aura malheureusement pas l'occasion de sortir du carton

Moins historique, l’article que nous avions consacré au pilote fréjusien dans notre dernier journal municipal de septembre, “Fréjus le magazine n°49“, est devenu obsolète avant même sa parution, l’information du retrait du HER #111 étant tombée durant notre période d’impression…

LA VOLONTÉ DE FINIR CHEZ HONDA

S’il ne courra donc une dernière fois l’épreuve varoise, Gimbert sera tout de même sur le circuit des hauts plateaux. « Par respect pour le public, et parce que ce retrait a finalement engendré près d’un millier de spectateurs, se sont d’ailleurs plaints les organisateurs locaux » – qui avaient qui plus est choisi la #111 pour l’affiche de cette édition 2019 –, Sébastien Gimbert songeait à effectuer un tour de circuit avant le départ.

Finir chez Honda, sur la CBR Fireblade #111, avec ses coéquipiers Yonny Hernandez et Randy de Puniet, tel était le souhait du pilote fréjusien

Car, pour lui, pas question de répondre aux sirènes et aux appels des autres écuries. « Oui, j’ai eu des contacts, mais ma volonté était de finir dans cette écurie, chez Honda, sur cette moto. Sans lesquelles je n’aurais pas pu faire ce que j’ai fait. »

AU BOL D'OR AU CASTELLET
AVEC LA “RACE EXPERIENCE SCHOOL“

Aujourd’hui, l’adrénaline de la course, l’odeur particulière des stands, des pneumatiques qui chauffent, Sébastien Gimbert les vivra par procuration. Avec Johan, son champion de fils, 16 ans, qui court actuellement le championnat d’Europe Superbike Juniors (classé dans le Top Ten d’une compétition dont la majorité des courses se dispute en Espagne) et pourrait grimper en Mondial l’an prochain.

Johan Gimbert disposera maintenant d'un papa à plein temps pour l'aider à tracer sa propre voie !

« Ce qui me rend fier, c’est que ce sont ses performances lui ont permis d’être repéré par des gens qui ne me connaissaient même pas… », ce qui atteste en effet d’an vrai talent naissant.

À l’image, peut-être, de futures stars qui émergeront de l’école de pilotage qu’il développe actuellement sur le circuit de Fréjus, la Race Experience School, choisie par les organisateurs du Bol pour y animer le “village des enfants“.

« Et puis, j’ai une moto qui représentera le magasin (Speedway à La Palud, Ndlr), engagée sur le Bol d’Argent (épreuve de 3 heures courue le vendredi pour les pilotes amateurs roulant sur des roadsters). Sans oublier les sponsors, partenaires à remercier… Alors oui, je serai au Bol samedi. Je vais regarder le départ, mais je ne serai pas à l’arrivée, c’est certain ! »

Quand on vous dit que le frustration n’est jamais très loin…

Avec les jeunes pensionnaires de l'école de pilotage ouverte sur le circuit de karting de la ville de Fréjus...

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