VTT-enduro : blessée en février, Cécile Ravanel toujours dans l’expectative

07 novembre 2019

Troisième volet de notre triptyque consacré au VTT et plus spécifiquement à l’Enduro, cette discipline où cinq victoires en Coupe du monde sont venues sacrer des champions de Fréjus VTT Le Club ces quatre dernières saisons. Après les titres 2019 en catégories Masters (Cédric Ravanel, lire notre article) et U21 (Antoine Vidal, lire notre article), ce dernier tome revient sur la situation particulière de Cécile Ravanel, triple couronnée mondiale (2016, 2017, 2018 en Élite féminine), mai stoppée net à l’entraînement en février par une chute qui aurait pu s’avérer très, très grave !

L’année 2019 se sera avérée particulièrement contrastée pour le couple Ravanel. Très mal entamée avec le double accident (*) frappant Cédric en janvier et surtout son épouse Cécile quelque trois semaines plus tard et 200 mètres plus loin – sur des pistes d’entraînement connues –, elle se sera conclue par une saison blanche pour la triple championne du monde consécutive d’EWS, et leader incontesté de la discipline, et… par un premier titre mondial, catégorie Masters, pour Cédric, l’ex-champion de XC de la génération des Absalon and Co.

Tout le fil de cette saison aura donc surtout été frustration pour Cécile. À peine atténuée par les doubles couronnes mondiales, toujours dans cette discipline qu’est l’Enduro Wolrd Series (EWS) – où sept à huit étapes disséminées sur la planète accueillent des rounds, divisés en une demi-douzaine de spéciales chronométrées. Comme souvent, le temps (le chrono) fait office de juge de paix et détermine le classement du round, les scores enregistrés à chaque fois s’accumulant pour former le classement général final de la Coupe du monde.

Sur cette image, trois championnes du monde... françaises : Cécile Ravanel, triple vainqueur de la Coupe du monde d'enduro (2016 -> 2018), Myriam Nicole (à droite, championne du monde de descente en septembre), Pauline Ferrand-Prévot (derrière avec son maillot tricolore, championne du monde de XC en août) : l'hégémonie française sur le VTT mondial, ici réunie lors du MTBGirlsCamp organisé par Red Bull (© RedBull)

Une formule encore nouvelle – 7 campagnes d’existence – sur laquelle s’était lancé le couple Ravanel en 2012. Et sur laquelle planait – après trois titres pour la Britannique Tracy Moseley – notre championne de Montauroux. Cécile Ravanel avait ainsi remporté les trois derniers classement généraux des EWS, enlevant même toutes les étapes des deux dernières campagnes (grand chelem sur la saison 2018), et dominant entre 70 et 80 % des spéciales !

Débutée de l’autre côté de l’équateur, par des étapes toujours exotiques en Nouvelle-Zélande (Rotorua) et Tasmanie (Derby Country), la campagne 2019 des EWS m’a montré que le staff Commençal Vallnord, parfaitement rôdé entre pilotes, mécanos, bénévoles comme les parents de Cécile toujours fidèles, déroulait plutôt bien », raconte Cédric Ravanel, en charge de la logistique au sein du Team pro et véritable “patron“ technique sur chaque étape.

Pour le fun, il prit alors la décision de s’aligner en course (catégorie Masters) sur la première étape européenne (à Madeira, île de… Madère), une étape qu’il remporta à la surprise générale. S’en suivit une saison magnifique, doublée de l’explosion du jeune talent Antoine Vidal, sacré champion du monde de la discipline en catégorie U21 (espoirs-juniors).

Mais le manque de compétition d’une Cécile Ravanel rapidement en meilleure forme et en mesure de se déplacer sur le circuit se fit rapidement sentir.

Dans l'expectative quant à la potentielle poursuite de sa carrière sportive après son accident, Cécile Ravanel n'en demeure pas moins cette championne espiègle dont le quotidien ne saurait se passer de compétition et d'adrénaline (© JbLiautard Photography - Commençal)[/caption]

• Cécile, comment as-tu vécu cette saison blanche ?

« Difficilement, car partagée entre le désir de courir et le plaisir de voir que le Team continuait à gagner avec Céd’ et Antoine. Maintenant, peut-être qu’avec moi en plus sur les courses – Isabeau Cordurier a succédé au palmarès à Cécile, mais avec des victoires et des écarts moins convaincants, ce qui peut laisser supputer la “vraie“ possibilité d’une 4e couronne mondiale à la portée de Mme Ravanel – nous aurions peut-être pu nous mêler à la lutte pour le classement par équipes également.

• La frustration s’est-elle avérée moins prégnante du fait du succès des garçons ?

« Forcément, j’ai traversé cette campagne avec leurs succès… mais ce n’était pas moi. Il y a eu un manque, les jambes qui me démangeaient…

Être juste accompagnatrice de son mari Cédric, fut-il le nouveau roi du monde, catégorie Masters, n'est sans doute pas l'unique ambition de Cécile Ravanel, championne de son état et qui entend encore le rester...

• Sur cette saison 2019, tu souhaitais faire les EWS, une saison supplémentaire, mais aussi t’investir un peu plus encore en descente ?

Oui, surtout après les belles performances réalisées, quasiment sans entraînement en fin de saison 2018 – où Cécile a quelque peu bousculé la hiérarchie mondiale sur la discipline (5e en Croatie et en Andorre, 6e en Écosse sur des étapes de Coupe du monde), mais surtout lors des championnats du monde à Lenzerheide début septembre 2018 où la néo-Tricolore fut en lice pour une médaille (6e après le 2e chrono intermédiaire et 1’45 de course… et avant une crevaison).

• Pour toi, après l’hégémonie sur l’Enduro, tu avais besoin de ce nouveau challenge en DHI ?

Oui. Depuis un an et demi en fait, j’ai énormément travaillé dessus avec les gars de l’équipe, sur les spécificités du vélo de descente, avec des pilotes qui sont venus s’entraîner dans le coin. J’avais énormément d’espoirs. Et puis, oui, j’ai toujours cette envie de courir, de me fixer de nouveaux challenges.

Cécile, à nouveau avec sa copine Myriam Nicole, lors du MTB Girls Camp (© Red Bull)

• Le challenge aujourd’hui pour Cécile est de retrouver l’intégralité de ses moyens physiques, après cette “belle boîte“ et cette convalescence toujours délicate à partir du moment où l’on touche aux cervicales ou à la colonne. Que te disent les médecins ?

Le protocole a nécessité une greffe. Ils ont pris entre les vertèbres C6 et C7 pour me consolider au niveau de la fracture, entre les C5 et C6. Histoire de renforcer d’un côté, mais le problème est qu’un choc pourrait tout faire “péter“.
Pour l’heure, on attend. Les médecins donneront leur avis en février, un an après l’accident. Ce sont eux qui me donneront le feu vert pour repartir en compétition… ou pas ! Sur la descente, ça risque d’être compliqué, sur l’enduro, on verra.
Un constat est certain, j’ai utilisé un vrai JOKER sur cette chute ! »

“Je ne rêve pas encore
de compétition la nuit“

L’expectative et l’inconnu sont donc les seules certitudes dont dispose aujourd’hui la championne fréjusienne. La flamme de la compétition qui ne cessera jamais de l’habiter – « c’est ma drogue, une véritable addiction, même si je ne rêve pas encore de compétition la nuit… » –, mais la réalité médicale décidera…


(*) LES CIRCONSTANCES DE L’ACCIDENT

Souvenez-vous. Février 2019, alors qu’elle s’entraîne du côté de Mandelieu mercredi, Cécile Ravanel heurte un arbre de plein fouet et se blesse très gravement. Elle a été « victime d’une petite commotion cérébrale, également touchée aux vertèbres D5 et D4 », explique alors Cédric. Elle a été transportée à l’hôpital Pasteur de Nice, où elle a été opérée d’une fracture des cervicales C5 et C6 jeudi. « En fait, ils lui ont extrait un bout d’os de la hanche pour la poser au niveau des cervicales et s’est fait poser une plaque au niveau des vertèbres pour qu’elles puissent se ressouder à terme. Elle devra porter un corset pendant 6 semaines et une minerve faite sur mesure pendant deux mois minimum. » Selon le chirurgien Hugo Darmanté qui l’a opérée, « elle pourra néanmoins recourir à terme », se voulait, rassurant, l’éducateur du VTT Le Club et general manager du Team professionnel Commençal Vallnord.

Ironie du sort, ce même chirurgien Hugo Darmenté avait pratiqué, quelques semaines auparavant, une cimentoplastie, après que ce dernier ait lui aussi chuté en séance d’entraînement… à quelque 200 mètres en amont de l’endroit où s’est blessée Cécile. « Bien évidemment, c’est un spot de descente que nous connaissons parfaitement sur lequel nous avons l’habitude de nous entraîner mais… »

 

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