MERCREDI 18 NOVEMBRE : le rendez-vous culturel n°1

Quand
Du mercredi 16 décembre 2020 - 9:00
Au jeudi 31 décembre 2020 - 20:00

      Vous avez aimé les rendez-vous culturels à l'occasion du premier confinement ? Il sont de retour pour votre plus grand plaisir. Retrouvez les critiques cinématographiques et littéraires qui vous donneront envie de découvrir des films et livres passionnants. 

Du côté du cinéma 

"TANDEM" (1987) de Patrice LECONTE.

Remarquable road-movie d'une poignante intensité dramatique, magistralement interprété par ce "tandem" sincère, émouvant, vrai, Jean Rochefort, admirable dans sa déchéance morale et Gérard Jugnot, d'une époustouflante justesse dans ce rôle à contre-emploi. Patrice Leconte, auréolé des succès de ses comédies cultes ("Les Bronzés", "Viens chez moi, j'habite chez une copine"...) et de l'excellente réception de son film d'action, déjà porté par un duo imparable Lanvin - Giraudeau- , "Les Spécialistes" (1985) souhaite changer de registre et investir le champ du dramatique. C'est en souvenir de l'historique émission radiophonique, "Le jeu des 1000 francs" notamment animée par Lucien Jeunesse, que le cinéaste imagine cette mélancolique histoire d'un animateur de radio usé par les interminables kilomètres de route et de son homme à tout faire et souffre douleur.
 
Dans "Tandem", le burlesque des comédies de Leconte laisse ici la place à la mélancolie, la nostalgie, la tristesse, mais aussi à l'ironie. C'est une réflexion profondément émouvante sur la solitude et le désenchantement, un regard non dénué d'humour sur l'usure du temps. Rochefort est admirable de tristesse dans ce rôle complexe, composant autant la grandeur désavouée que la souffrance cachée, alternant le grandiose et l'intimisme, dissimulant, par sa passion dévorante pour son émission "La langue au chat", la blessure profonde d'une passion qui s'éteint. Jugnot, comme Michel Blanc dans le film suivant de Leconte, "Monsieur Hire" (1989), saura trouver une exceptionnelle justesse dramatique ; cet imparable équilibre entre sa fascination pour son mentor et la résolution de la réalité nécessaires à la continuité du duo. Aux excès du personnage de Rochefort, celui de Jugnot apporte l'amertume de la raison. C'est en cela que ce tandem d'acteurs d'une absolue complémentarité, est si magistral dans son jeu et tellement poignant tout au long du film.
 
Jouant sur les nuances et les demi-teintes, Leconte dessine plus encore ses grandes obsessions sur la solitude et la perte des repères au sein d'une réalisation parfaitement maitrisée, composée de très longs plans séquences qui, outre d'offrir une mise en abyme hypnotique, permet aux acteurs de laisser vivre plus encore leur personnage respectif. Le cinéma de Patrice Leconte est particulièrement sous-estimé, à tort, car depuis ses premiers essais dans les années 70, le cinéaste construit une œuvre d'une remarquable cohérence, alternant commandes et films personnels, avec une incroyable dextérité, tout en restant fidèle à ces grands thèmes, mais surtout à cette mélancolie qui traverse chacun de ses films, plus particulièrement prégnante dans ce film, tout autant par le tragique de l'histoire, le regard rempli de larmes des personnages, que par la chanson de Richard Cocciante, leitmotiv poignant du film, "Il mio refugio". A (re)découvrir absolument.
 
Critique de Jérôme Reber. 
 
 

 Du côté de la littérature 

Albert CAMUS, « La chute », Folio-Gallimard.

Couronné par le Prix Nobel en 1957, Albert Camus (1913-1960) était un écrivain sérieux, noble, grave, appliqué, qualifié parfois – par ses ennemis, multiples – de pompeux. Or, de nombreux témoignages en attestent, dans le privé, l’homme était drôle, chaleureux, et humble. De ces qualités, l’humour est celle qui se retrouve le moins dans ses écrits. Mais cette règle souffre une heureuse exception : il s’agit de « La chute », un court récit surécrit et faussement autobiographique paru en 1956.

Dans ce texte à la fois très travaillé et d’une lecture fluide et agréable, en effet, un avocat parisien exilé à Amsterdam s’y confesse, avec une séduisante autodérision et dans une langue très soutenue, à un interlocuteur silencieux. C’est probablement ce livre qui décida le jury du Prix Nobel à attribuer sa prestigieuse récompense à un écrivain si jeune – 44 ans seulement. Pourtant fâché avec lui, Jean-Paul Sartre reconnaissait qu’il s’agissait de son meilleur livre, car « il s’y est à la fois caché tout entier et mis tout entier. »

Critique de Laurent le Touzo.

 

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